
Les grands flocons blancs ne cessent d'illuminer la nuit qui s'installe, apportant la sensation que le monde a retrouvé sa pureté originelle. Les toits se couvrent de blanc, bien avant le sol où
glissent encore des voitures et des passants pressés. J'emporte dans ma chambre la vision magnifique de ce blanc feutrant la nuit, et je m'endors dans la certitude que demain sera un jour
différent, un jour béni de l'existence, un jour à vivre intensément.

Dès que je suis levé, je cours derrière la fenêtre du jardin pour vérifier que personne n'a souillé ce blanc parfait, sinon quelques oiseaux dont les pattes l'ont seulement griffé. Il ne neige
plus mais le ciel est d'un gris plombé, toujours menaçant. Sur le chemin de l'école, mon capuchon sur le dos, j'écoute avec ravissement craquer sous mes pieds la couche épaisse avec un
bruit de feutre, je regarde grossir la bosse blanche au bout de mes souliers, et je me retourne : mes pieds n'ont pas eu assez de poids pour traverser le blanc, ils l'ont simplement tassé, sans
le salir. Satisfait, je repars. Mais la tentation est trop grande : ma main glisse le long d'un muret et rassemble la première boule qui me saisit les doigts et que je lance vers mes camarades de
rencontre. Vingt centimètress d'épaisseur ! Quelle aubaine !

(...)Une fois à l'école, nous nous précipitons vers le poêle qui ronfle dans une bonne odeur de papier journal, de bois sec, de craie et de poussière. Très vite, l'onglée saisit douloureusement
les doigts trop vite réchauffés, et je m'éloigne du poêle pour m'approcher de la fenêtre et contempler la cour encore blanche malgré le piétinement des élèves arrivés depuis peu. (...)
Extraits de : "Les vrais bonheurs"
Christian SIGNOL
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