Un cancer, un suicide raté,

Et le voilà dans ce lit,

Dépendant, inutile, broyé

A espérer la mort, jour et nuit,

 

A supporter la vie.

 

Il ne peut plus bouger

ne peut plus parler

ne peut plus manger...

Il faut même le laver.

 

Ses yeux me fixent : il me reconnait

Chaque lundi je suis dix minutes à son chevet.

 

Je ne dis que : "bonjour, Franck, comment ça va ?" 

Et je comprends que ça ne va pas,

et je contrôle mon visage,

Que rien ne passe du naufrage

Qu'il m'est donné de contempler

Ses yeux dans les miens ancrés,

De la peur qui me tenaille, au dedans de moi :

L'horreur d'un si long chemin de croix.

 

J'essaie de lui donner tout l'Amour et le respect

Par le regard, dans ce silence épais,

Toute l'attention auxquels il a droit,

Je ne peux rien faire que de rester là,

 

Simple représentant

Du monde des vivants.

 

Suis-je assez solide pour ne pas craquer ?

Pour ne pas fuir en courant, suffocant, paniqué ?

Serai-je assez fort pour recevoir de lui 

Cette vague monstrueuse qui monte sans bruit,

Déborde, déferle dans la chambre et submerge ma vie ?

 

Son visage se crispe, ses traits se déforment,

De ses yeux qui pleurent, nulle larme,

De ses lèvres qui hurlent, aucun bruit,

Le silence recouvre déjà la vie d'une éternelle nuit.  

 

Suprême vérité, les yeux dans les yeux,

Je contrôle mon effroi, j'encaisse autant que je peux.

L'Amour ici, c'est ça, je sais qu'il en a besoin,

Pour se décharger, il lui faut un témoin.

 

Je ressens en ce lit de souffrance

L'apparente victoire du Mal, son arrogance,

Qui travaille à détruire, dégrader, casser

Le corps inestimable abritant l'âme blessée.

 

De toute l'Humanité je touche ici l'angoisse,

La douleur, la peine, l'indescriptible détresse 

Si fort accumulée au fond de lui :

Lutte contre l'Amour, lutte contre l'Esprit !

 

Tout cela doit sortir.

La vie doit resurgir...

 

Il me crie son désespoir, 

Ses yeux ont la couleur du soir.

S'il le pouvait il s'accrocherait,

Me supplierait peut-être ou m'injurerait.

 

Je ne sais.

 

 

Les bips s'accélèrent, les appareils clignotent :

J'ai peur. Je suis blanc. Je reste.

Oui je comprends et j'accepte

Cette légitime révolte.

 

Enfin il se calme. Il reprend son souffle.

 

La vague est passée.

Je n'ai pas bougé.

 

 

Je superpose mes mains, paumes vers le haut

Et je ferme les yeux, bienfaisant repos.

 

Je lui offre à voix haute ma prière

Appelant le Dieu d'Amour sur cette Terre 

Pour qu'il ne désespère pas

Pour qu'il voie tous ceux qui ne l'oublient pas

Pour qu'il trouve les mots dans son coeur accablé,

Pour qu'un jour enfin il soit consolé.

 

Il semble apaisé.

 

" Au-revoir Franck. Bon courage ! "

Je croise l'infirmière. Elle fixe mon visage...

Le choc a été dur, mais je lui dois bien ça...

Franck ! Sa seule soupape, c'est peut-être moi ?

 

Ô Dieu, je ne comprends pas !

Pourquoi tout ça ? ...Pourquoi ? 

 Un jour tu m'expliqueras,

Que le mal ne vient pas de toi ?

 

DJU770

 

Franck existe bien, sous un autre prénom.

Priez pour moi, priez pour lui. Merci !

Par dju770 - Publié dans : L'ÊTRE HUMAIN - Communauté : Parlons d'amour
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