Je suis à nouveau dans le noir ; C'est comme un grand vertige qui me prend. Ce n'est pas très agréable. Je perds mes repères. Je suis comme dans une chute interminable silencieuse et douloureuse... Je suis dans une angoissante solitude. Tout à coup une voix retentit qui ralentit ma chute :
-"Monsieur Lavigne ?"
La chute s’arrête. Je réponds :
-"Oui ! Qui est là ?"
-"Je suis votre ancien voisin... ! ...Michel Lecocq !"
-"Je reconnais maintenant cette voix mielleuse, sautillante et faussement féminisée. Un bruit de lèvres pincées scande chaque fin de phrase. Qu'est-ce qu'il fait là celui-là ? Pourquoi vient-il me rendre visite ? Comment a-t-il appris mon accident ?
Je m'oblige à être aimable :
-"Monsieur Lecocq, vous êtes venu me voir ! C'est très gentil de votre part ... "
Le ton de ma voix trahit un manque de sincérité. Je déteste ce gars-là : c’est un homo.
J'étais franchement gêné de ce tête à tête imprévu, avec ce voisin que j'évitais soigneusement. Mais là, j'étais coincé. Impossible de fuir !
Monsieur Lecocq était un voisin du genre ...dérangeant ! Il recevait chez lui jour et nuit... mais pas n'importe qui ! C'était un défilé permanent de beaux garçons : des italiens, des hollandais, des brésiliens. Voyants, efféminés, tortillant des fesses dans des tenues moulantes, avec des décolletés gonflés et provocants, des tenues excentriques, maquillés, permanentés, faux seins, faux ongles,... bref, sur notre palier commun, c'était le défilé de la gay-pride tout au long de l'année ! Les danseurs brésiliens du « Paco cabana », la boîte gay à la mode, se succédaient...Mon voisin était homo, voyant et bruyant !
Fréquemment en effet, il nous faisait profiter de « scènes de ménage », de crises de jalousie bruyantes et désordonnées, de disputes avec hurlements, insultes obscènes et menaces de suicides. Depuis que ce « monsieur » avait emménagé dans l'appartement mitoyen au nôtre, ... c'était l'enfer !
Mes nombreuses plaintes auprès du syndic étaient restées sans effet. On ne pouvait pas l'expulser. On n'arrivait pas à le calmer. Il était chez lui ! On ne pouvait rien faire...
Aussi, et afin de protéger ma petite vie droite et bien rangée, j'avais cherché à couper court à toute relation On ne discute pas avec des gens comme ça ! ....
Je ne voulais pas que ce « foyer » instable et dépravé perturbe l'équilibre de ma petite famille. Quel mauvais exemple pour mes enfants... !
Alors se retrouver là, vulnérable devant ce type malsain et désaxé..
Étais-je seulement présentable ? N'allait-il pas essayer de profiter de la situation ? Que cherchait-il au juste ?
Quand je pense à ce qui devait se passer, toutes les nuits, chez lui, juste derrière la cloison de notre chambre !
Ca me dégoûte...Ce gars là me dégoûte vraiment !
Un jour il avait fait une tentative de suicide : peine d'amour ou quelque chose comme ça... Les pompiers étaient venus en urgence : samu, police. L'immeuble tout entier subissait sa folie et ses crises. C'était insupportable !
C'était risible et triste à la fois ! Un grand malaise !
Vraiment le pauvre type !... Quel cinglé !
S’il savait tout le mal que je pense de lui !
A ce moment, il intervient interrompant ma réflexion, comme s’il lisait dans mes pensées :
-"Je sais tout le mal que vous pensez de moi, Monsieur Lavigne. Je le ressens en direct et j'en souffre, mais tant pis je veux quand même vous parler... Je dois absolument vous
parler ... "
Je m’attends au pire, mais je reste silencieux, interdit.
-"Vous ne m'aimez pas, je le sais, je l'ai toujours su. Dans l'immeuble, personne ne m'aimait.
Tout le monde me méprisait même ! ... "
Il avale sa salive. Les mots ont l’air de le faire souffrir. Il réunit ses forces pour continuer :
-"…Oui, du mépris ! C’était même du mépris ! On peut le dire !
J'ai essayé de vivre avec ! J'ai essayé de l'ignorer... Ignorer le mépris des autres ! Comment peut-on ?
Ca vous ronge de l'intérieur, ça vous détruit à petit feu, le mépris ! Pourquoi tant de haine ? Vous comme les autres !
N'avez-vous jamais essayé de comprendre, d'accepter au moins la différence ?... La différence !
Mais ça dérange, …ça remet en question, …c'est pas confortable hein, la différence !"
Pourquoi vient-il me raconter tout ça ? Il a l’air énervé. Il a l’air de m’en vouloir. Il me fait presque peur… On se croirait en pleine "cage aux fofolles"…
Ses peines et ses états d'âme ne me concernent pas ! Essaie-t-il de me rallier à sa cause ? Est-ce que par hasard je lui plairais ? Qu’est-ce qu’il cherche au juste ? Il vient me faire une scène, à moi sur un lit d’hôpital ? Et personne ne vient pour le calmer… !
Il continue sur un ton excédé, il a du mal à se contrôler et il parle de plus en plus fort :
"Au fond, j'étais pas si différent que ça, il ne manquait pas grand chose pour que l'on se comprenne, vous et les autres : un peu de communication, de partage, d'échange, un peu de relation humaine ! Voilà, c’est tout ! Mais personne ne m’a tendu la main. Les regards qui vous évitent, les rires dans mon dos, les mots anonymes dans ma boîte à lettres… J’en ai subi des choses…
Et pourtant, au fond de moi, tout au fond, la même soif, la même recherche de bonheur, la même quête d'absolu que vous ... que les autres …en un mot le même besoin d'Amour...."
Ces derniers mots sortaient avec peine de sa bouche, secouée par de gros sanglots et mouillée d'abondantes larmes. Les mots « besoin d’Amour » semblaient venir du fond de son être, son moi profond. Il hurlait toute sa souffrance, accumulée depuis si longtemps. Je ne savais pas. J’avais honte de n’avoir pas soupçonné une si grande détresse, là, tout près. Comment aurais-je pu deviner ?
Il se calme enfin, et reprend son souffle :
-"Seulement voilà, je n'ai pas cherché l'Amour au bon endroit, ou pas de la bonne façon.
Je voulais vraiment faire quelque chose de ma vie, vivre à fond : j'en ai fait un tourbillon, je me suis étourdi !...
J'étais dans l'erreur... Je suis passé à côté du bonheur, plusieurs fois...je ne le savais pas.
Je me suis trompé, sans doute. Je n'ai jamais trouvé l'apaisement.
J'avais fait de ce corps le pivot central de ma vie…
…j'ai beaucoup souffert."
... Un grand silence... lourd... pesant !...
puis il reprend, d'une voix grave et mouillée, ...chargée d'émotion :
-"si je vous parle à « coeur ouvert », Monsieur Lavigne, c'est que je cherche à faire la Rupture... avec le passé, je veux réussir la Grande Rupture, vous savez, je veux enfin commencer une autre vie, une nouvelle vie ! la vraie Vie ! Je veux passer le mur, vous comprenez ?"
Tiens encore un truc nouveau ! C'est quoi le mur ? Il faudra que je demande à Natacha la prochaine fois que je la verrai...
-"Vivre en vérité, cesser de mentir, de me mentir.
Oui, je mentais à moi-même : éclates-toi ! Prends ton pied ! Change de partenaire, ne t'arrête pas !
Au fond de moi, je n'étais pas heureux. Je faisais semblant.
Je n'étais pas libre. J'étais esclave de mon plaisir, esclave de ce corps que je n'arrivais pas à apaiser. Pour le satisfaire, j'étais toujours en recherche : plus de sensations, plus de rencontres, plus de folie !"
J'étais silencieux. Gêné. Il me livrait le fond de son être, le fond de sa détresse, territoire sacré où demeure la quintessence de l'Homme, son moi profond et véritable. Respect et silence.
Devant la souffrance, il vaut mieux se taire, parfois : les mots deviennent dérisoires...
Tant de détresse si près de moi, et je ne le savais même pas. Je n'ai rien fait pour l'aider. J'ai honte, soudain...J'aurais aimé me rattraper...
-"Qu'est-ce que je peux faire pour vous Monsieur Lecocq ? "
Mais il semble n'avoir pas entendu ma question, et il poursuit :
-"Aimer ! Qu'est-ce qui est important dans le fait d'Aimer ?
Si on aime un homme ou une femme qu'est-ce que ça change ? On peut aimer un canari, une fleur, un paysage. L'important n'est-il pas de s'ouvrir à la Vie, à la Beauté, à la Création ?
S'oublier pour mieux se donner ?
Les gestes posés appartiennent à ceux qui s'aiment. Nul n'a le droit de juger !
Personne n'avait le droit de me juger !
Mais tout le monde m'a condamné, rejeté.
Et j'ai souffert, beaucoup souffert."
-"La nature a ses lois Monsieur Lecocq ...
Un homme avec un homme, c'est contre nature !"
-"Je suis homo, oui ! Je n'y peux rien.
C'est ma souffrance, c'est ma différence, mais c'est Moi !
Je suis comme je suis, et d'abord c'est la nature qui m'a fait ainsi !"
(...)
"Dans cette société c'est la loi du calibrage, de la standardisation, de la normalisation.
Tous pareils ! Habillés pareils ! Nourris pareils ! Logés pareils ! Eduqués pareils !
Tous stéréotypés : les femmes, les enfants, ... Regardez la mode ! Tous le même masque ! Regardez la sortie des collèges, tous ces ados dans le même moule, tous avec le même jean, avec les mêmes baskets ! Tous le même standard, la même tristesse ! Tous le même manque. Ils courent tous dans la même direction, sans trop se poser de questions, sans trop savoir vers quoi ils courent… mais ils tournent en rond et ne trouvent jamais ce qu’ils cherchent !
Ceux qui refusent de suivre le troupeau, tous les autres, on les écarte de la photo : les vieux, les gros, les moches, les pauvres, tous les différents on les cache.
Ca fait mal rangé ! Dégagez-moi ça du paysage : ça fait pas propre !
Vaccinez, stérilisez, pasteurisez, javellisez ! Je ne veux voir qu'une seule tête ! Ah la belle société, le beau standard ! La belle uniformité...triste à mourir ! "
Il ravale un sanglot, puis il s'apaise. Après un long silence il reprend une voix calme :
"Ici, c'est différent, j'ai enfin ma chance.
Je peux être aimé tel que je suis, car ici on est tous semblables..."
-"Comment ça semblables ? Qu'est-ce que vous voulez dire par là ?"
-"Comment vous ne savez pas ? Ici on n'est plus ni homme ni femme !
-"Comment ça « on n’est plus ni homme ni femme » ?
-"Mais oui, touchez-vous ! Entre les jambes, vous n'avez plus rien ! "
-"Ah, ne me touchez pas ! … Excusez-moi. Vous voulez dire que j'ai été amputé ? ... De mon sexe ? Je suis castré ?"
-"Tout de suite des grands mots ! Mais on a tous perdu notre sexe ici ! On est comme des anges... !
D'abord, à quoi servirait-il ici, votre sexe ?"
-"Comment ça à quoi servirait-il ? Mais c'est une catastrophe !
Comment faire les bébés sans sexe ? ... "
-"Procréer ? Pour nous c'est fini ! "
-"Et le plaisir ? Qu'est-ce que vous en faites du plaisir ? ..."
-"L'homme qui cherche le plaisir ne trouve pas le bonheur. Maintenant je le sais !
Et puis il existe d'autres manières de faire, ici... Vous savez ... "
Je repense à notre entrevue avec Natacha... tellement agréable, trop vite écourtée ! ...Alors ce n’était pas un rêve ?
Il interrompt mes pensées :
-"Ici, la relation est entièrement libre, car la possession n'existe pas ! On ne vous l’a pas dit à votre éveil ?"
-"Si, si on me l'a déjà dit. Curieux hôpital, vraiment ! De toutes façons, je ne vois pas le rapport. Et ma virilité ? Je suis un homme, un vrai ! J'en suis très fier !
Si je n'ai plus de sexe, je ne suis plus rien !"
-"Ne vous réduisez pas à votre phallus ! Vous valez bien plus que tous les phallus du monde !
L'Homme est beaucoup plus grand qu'il ne l'imagine ! Il est appelé à aller beaucoup plus haut que là où ses rêves les plus fous l'ont mené : passer le grand mur et voir enfin la Lumière ! Rencontrer la Source de toutes choses, la Source de l'espace-temps, la Source de la matière et de l'énergie : la Source de l'Amour !"
-"Ah ! Et c'est quoi cette Lumière ? Cette Source ?"
-"Toute description serait vaine et dérisoire ! Cette Lumière est en adéquation avec notre moi-profond : même vibration, même fréquence. Là où l'Homme existe vraiment, là où il est lui-même, dans toute sa grandeur et sa dignité, là aussi est la Lumière, la Source des sources...
Tout Homme qui a accepté cette rencontre dans les grandes profondeurs de son intimité, dans le silence et dans l'écoute, là où personne d'autre que lui-même ne peut accéder, se sait habité par plus grand que lui : la Source des sources !
Ici, cette présence devient appel : passer de l'autre côté du mur, rejoindre enfin la Vérité absolue, la réponse définitive à toutes nos questions, à toutes nos attentes, à toutes nos recherches, à toutes nos prières ! Ceux qui sont passés n'ont plus aucun contact avec nous ici. Ils connaissent probablement la cause du Monde, son origine et sa direction, ce que les hommes recherchent toute leur vie : ils sont dans la Lumière qui ne s'éteint pas, au centre du Principe Créateur même !
Moi aussi j'ai envie de franchir le mur, je veux enfin savoir ! "
-"Ah ?"
-"Oui je me sens appelé, c'est là que se trouve mon origine et mon avenir: tout mon être ! J'en suis certain. J’ai rendez-vous avec moi-même, avec celui que je suis vraiment et que je ne connais pas encore."
-"Quand partirez-vous ?"
-"Je ne peux pas encore passer, car avant, je dois réussir la Grande Rupture."
-"Ah mais c'est quoi enfin cette rupture dont tout le monde me parle !"
-"Couper tous les liens qui me rattachent au passé, à la Terre : les objets que j'ai aimés, les lieux, les gens... Rien ne doit me retenir. Je dois m'alléger complètement jusqu'à me retrouver complètement nu, dépossédé, vide : redevenir un petit enfant faible, fragile, confiant et dépendant... Redevenir celui qui n’a rien et qui attend tout de l’Autre."
-"Comme pour une naissance ?"
-"Justement, il s'agit bien d'une naissance. Je dois retrouver la pureté des débuts. "
-"Ah et pourquoi ?"
-"C'est le Protocole : La Lumière émane de Celui qui a tout donné, qui s’est donné Lui-même. Y pénétrer c’est renoncer à tout, y compris et surtout à soi-même, à ses certitudes, à ses masques, à ses trésors. Car la Lumière ne se prend pas : elle se reçoit, libre et debout, en transparence et Vérité.
-"Je ne comprends pas pourquoi : « libre et debout ».
-"C’est ainsi que l’Homme devient pleinement Homme, et alors seulement il peut recevoir la Lumière. Tout ce qui le rattache au Monde l’empêche de s’élever. C’est pour cela que la Rupture est particulièrement difficile pour certains..."
-"Qui par exemple ?"
-"Certains collectionneurs qui se sont laissé envahir, dominer par leur passion, au point d’en faire le préalable de toute relation, d’y mettre toutes leurs joies, tous leurs sentiments, jusqu’à en perdre la respiration, la liberté, jusqu’à faire de leurs collections le centre et la raison, la source et la direction de toute une vie : Quel gâchis ! "
-"Pourquoi un gâchis ? "
-"Parce que leur cœur est sec et leur vie stérile. Les objets arrachés sont pour eux comme des tabernacles sacrés : dérisoires écrins où meurent désormais leurs sentiments jamais éclos. La Rupture alors est une déchirure. Ils souffrent énormément, car privés de leur collection, ils sont incapables d’établir une relation. Ils sont confrontés à l’inutilité de leur vie, et au paradoxe de la mort.
Mais il y en a beaucoup d'autres pour qui la Rupture est impossible... "
-"Qui d’autre, par exemple ? "
-"Par exemple les intoxiqués de réussite et de gloire, ceux qui ont tout sacrifié pour vivre sous les feux de la rampe, devant les applaudissements des foules hystériques. "
-"Pourquoi donc ? "
-"Le succès est une drogue : c’était leur raison d’être.
Narcissique idéal qui a mobilisé toutes leurs énergies, justifié tous les excès et toutes les dérives ! Dangereuse illusion de se croire supérieur à tous ceux qui vous acclament, et vous montent à l’Olympe avant que de vous laisser choir dans la solitude et l’oubli !
Comment redevenir humble et ouvert, comment marcher vers la Lumière quand on reste ébloui des lumières passées ? Comment reconstruire une relation équitable quand on est rempli de l’image du dieu que l’on n’était pas et en qui l’on croyait ? "
-"C’est vrai ! Qui d’autre encore ?"
-"Il y en a plein : les acharnés de boulot et carriéristes en tous genres, qui ont sacrifié sur l’autel de la réussite leurs enfants, conjoint, et amis. Ceux qui croient travailler pour vivre, mais qui en fait ne vivent que pour travailler, qui méprisent tout ce qui n’est pas pour eux moyen de "se réaliser", c'est-à-dire : de s’enrichir, d’asseoir leur pouvoir, leur respectabilité et d’assurer l’avenir…"
-"Je commence à comprendre : on pourrait rajouter à la liste les adorateurs du corps, les amoureux de l'argent, les fanatiques de mécanique, les drogués de sexe, les assoiffés de pouvoir et de domination, et plein d'autres encore..."
-"Tout à fait, la liste n’est pas exhaustive. Tous ces gens là errent ici, seuls et désemparés. "
-"Et vous qu'est-ce qui vous retient ?"
-"Les souvenirs, la rancune, la haine, contre tous ceux qui m'ont rejeté. C'est un fardeau que je traîne, et qui m'épuise."
-"Et comment vous en délivrer ?"
-"Avec la Relation. Je dois renouer la Relation et obtenir le regard qui délivre... C'est pour ça que je devais vous rencontrer vous et tous ceux qui m'ont rejeté avant que je ne tombe définitivement malade, avant mon départ."
-"Vous êtes tombé malade, c'est pour ça que vous êtes ici ?"
-"Oui, comme la plupart de mes anciens partenaires...
Ca devait arriver. Je le savais. Mais je faisais semblant de l'ignorer. Et puis un jour, le diagnostic est tombé. C'était trop tard pour faire attention... Le virus m'avait rattrapé.
J'ai enduré les analyses, les traitements, puis la chute, ...la solitude, l'agonie finale..."
-"Je ne l'ai jamais su. Je suis désolé ! C'est vrai que je ne vous voyais plus depuis un certain temps..."
-"Peu importe, aujourd'hui j'ai pardonné. Je comprends enfin la raison de la vie et de la mort... et le chemin qu'il aurait fallu prendre. Je vois enfin dans quelle erreur j'étais !
Demeure le poison qui me tue : le souvenir des folies du passé.
Dans chaque regard, je retrouve tout ce que je cherche à effacer, aujourd'hui. Dans chaque regard, je me vois tel que je me déteste : tant d'erreurs, tant de rejets, tant de souffrances... J'en ai reçu autant que j'en ai donné : quel gâchis !"
-"Comment faites-vous pour voir tout ça ?"
-"Avec le coeur.
Ceux qui ont beaucoup souffert savent voir avec le coeur.
Mais votre regard sur moi a changé, Monsieur Lavigne. Je peux partir maintenant, j'ai beaucoup d'autres personnes à rencontrer.
Merci Monsieur Lavigne."
A ce moment, la lumière est revenue et j'ai aperçu son visage, alors qu'il se préparait à partir. Il m'apparaissait soudain étrangement beau, beau comme jamais je ne l'avais vu auparavant. Son visage était comme lumineux et il émanait de sa personne une étrange douceur attirante, une belle sérénité.
-"Monsieur Lecocq, appelez moi Lucien."
-"Lucien ? Moi, c'est Michel ! Michel Lecocq !
Au revoir Lucien et merci d'avoir changé de regard ! J'en avais tant besoin. A Dieu !"
-"Au revoir Michel ! Ne sois plus triste. Pardonne-moi mon attitude. Oublie le passé.
Sois maintenant un Homme libre."
De nouveau le vide, le silence, le vertige infini et la chute.
Finalement, ce Michel, c'est un gars qui souffre. Il aurait suffi que l'on se parle un peu pour se comprendre, et s'accepter.
Des fois on se croit si loin, alors qu'on est si proches... Il ne manque pas grand-chose.
FIN DU CHAPITRE 2
SUITE LE 8 JUIN : CHAPITRE 3 : MAMAN !