Vendredi 9 mai 2008
ATTENTION ! LISEZ LE PREMIER CHAPITRE AVANT DE COMMENCER LA LECTURE DE CETTE PAGE 
(SUR CE BLOG, A DROITE)


Le héro de "Rêverie" se réveille, après un accident de voiture, dans un monde étrange.
Il est devenu aveugle.
Il est accueilli par une ancienne collègue de travail et vit un étrange rapprochement avec elle...

CHAPITRE 2 : RENCONTRE AVEC MIMI.

Je suis à nouveau dans le noir ; C'est comme un grand vertige qui me prend. Ce n'est pas très agréable. Je perds mes repères. Je suis comme dans une chute interminable silencieuse et douloureuse... Je suis dans une angoissante solitude. Tout à coup une voix retentit qui ralentit ma chute :

-"Monsieur Lavigne ?"

 

La chute s’arrête. Je réponds :

-"Oui ! Qui est là ?"

 

-"Je suis votre ancien voisin... !  ...Michel Lecocq !"

 

-"Je reconnais en effet cette voix trop aiguë pour être celle d’un homme, mielleuse, sautillante et faussement féminisée. Un bruit de lèvres pincées scande chaque fin de phrase. Qu'est-ce qu'il fait là celui-là ? Pourquoi vient-il me rendre visite ? Comment a-t-il appris mon accident ?

 

Je m'oblige à être aimable :

-"Monsieur Lecocq, vous êtes venu me voir ! C'est très gentil de votre part ... "

 

Le ton de ma voix trahit un manque de sincérité. Je déteste ce gars-là : c’est un homo.

J'étais franchement gêné de ce tête à tête imprévu, avec ce voisin que j'évitais soigneusement. Mais là, j'étais coincé. Impossible de fuir !

Monsieur Lecocq était un voisin du genre  ...dérangeant ! Il recevait chez lui jour et nuit... mais pas n'importe qui ! C'était un défilé permanent de beaux garçons : des italiens, des hollandais, des brésiliens. Voyants,  efféminés, tortillant des fesses dans des tenues moulantes, avec des décolletés gonflés et provocants, des tenues excentriques, maquillés, permanentés, faux seins, faux ongles,... bref, sur notre palier commun, c'était le défilé de la gay-pride tout au long de l'année ! Les danseurs brésiliens du « Paco cabana », la boîte gay à la mode, se succédaient...Mon voisin était homo, voyant et bruyant !

Fréquemment en effet, il nous faisait profiter de « scènes de ménage », de crises de jalousie bruyantes et désordonnées, de disputes avec hurlements, insultes obscènes et menaces de suicides. Depuis que ce « monsieur » avait emménagé dans l'appartement mitoyen au nôtre, ... c'était l'enfer !

Mes nombreuses plaintes auprès du syndic étaient restées sans effet. On ne pouvait pas l'expulser. On n'arrivait pas à le calmer. Il était chez lui ! On ne pouvait rien faire...

Aussi, et afin de protéger ma petite vie droite et bien rangée, j'avais  cherché à couper court à toute relation On ne discute pas avec des gens comme ça ! ....

Je ne voulais pas que ce « foyer » instable et dépravé perturbe l'équilibre de ma petite famille. Quel mauvais exemple pour mes enfants... !

 

 

 

 


 

 













 

 

Alors se retrouver là, vulnérable devant ce type malsain et désaxé..

Étais-je seulement présentable ? N'allait-il pas essayer de profiter de la situation ? Que cherchait-il au juste ?

Quand je pense à ce qui devait se passer, toutes les nuits, chez lui, juste derrière la cloison de notre chambre !

Ca me dégoûte...Ce gars là me dégoûte vraiment !

Un jour il avait fait une tentative de suicide : peine d'amour ou quelque chose comme ça... Les pompiers étaient venus en urgence : samu, police. L'immeuble tout entier subissait sa folie et ses crises. C'était insupportable !

C'était risible et  triste à la fois ! Un grand malaise !

Vraiment le pauvre type !... Quel cinglé !

S’il savait tout le mal que je pense de lui !

 

A ce moment, il intervient interrompant ma réflexion, comme s’il lisait dans mes pensées :

-"Je sais tout le mal que vous pensez de moi, Monsieur Lavigne. Je le ressens en direct et j'en souffre, mais tant pis je veux quand même vous parler... Je dois absolument vous

parler ... "

 

Je m’attends au pire, mais je reste silencieux, interdit.

-"Vous ne m'aimez pas, je le sais, je l'ai toujours su. Dans l'immeuble, personne ne m'aimait.

Tout le monde me méprisait même ! ... "

Il avale sa salive. Les mots ont l’air de le faire souffrir. Il réunit ses forces pour continuer :

 

-"…Oui, du mépris ! C’était même du mépris ! On peut le dire !

J'ai essayé de vivre avec ! J'ai essayé de l'ignorer... Ignorer le mépris des autres ! Comment peut-on ?

Ca vous ronge de l'intérieur, ça vous détruit à petit feu, le mépris ! Pourquoi tant de haine ? Vous comme les autres !

N'avez-vous jamais essayé de comprendre, d'accepter au moins la différence ?... La différence !

Mais ça dérange, …ça remet en question, …c'est pas confortable hein, la différence !"

 

Pourquoi vient-il me raconter tout ça ? Il a l’air énervé. Il a l’air de m’en vouloir. Il me fait presque peur… On se croirait en pleine "cage aux fofolles"…

Ses peines et ses états d'âme ne me concernent pas ! Essaie-t-il de me rallier à sa cause ? Est-ce que par hasard je lui plairais ? Qu’est-ce qu’il cherche au juste ? Il vient me faire une scène, à moi sur un lit d’hôpital ? Et personne ne vient pour le calmer… !

 

Il continue sur un ton excédé, il a du mal à se contrôler et il parle de plus en plus fort :

"Au fond,  j'étais  pas si différent que ça, il ne manquait pas grand chose pour que l'on se comprenne, vous et les autres : un peu de communication, de partage, d'échange, un peu de relation humaine ! Voilà, c’est tout ! Mais personne ne m’a tendu la main. Les regards qui vous évitent, les rires dans mon dos, les mots anonymes dans ma boîte à lettres… J’en ai subi des choses…

Et pourtant, au fond de moi, tout au fond, la même soif, la même recherche de bonheur, la même quête d'absolu que vous ... que les autres …en un mot le même besoin d'Amour...."

 

Ces derniers mots sortaient avec peine de sa bouche, secouée par de gros sanglots et mouillée d'abondantes larmes. Les mots « besoin d’Amour » semblaient venir du fond de son être, son moi profond. Il hurlait toute sa souffrance, accumulée depuis si longtemps. Je ne savais pas. J’avais honte de n’avoir pas soupçonné une si grande détresse, là, tout près. Comment aurais-je pu deviner ?

 

Il se calme enfin, et reprend son souffle :



SUITE LE 18 MAI
ECRIT ET IMAGINE PAR DJU770

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par dju770 publié dans : LE LIVRE communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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