CHAPITRE 1 : NATACHA

Je suis dans le noir complet. Je ne vois rien.

Quelqu'un me prend doucement la tête  entre ses mains : à ses ongles sur ma peau, je devine une femme.

Elle fait glisser ses doigts en effleurant délicieusement le tour de l'oreille, puis descend entre les petits cheveux courts de ma nuque. Les mains se séparent finalement pour s'arrêter sur les épaules en une ultime caresse lente et sensuelle. 

Une onde de plaisir m'envahit qui remonte les contreforts du cou jusqu'au sommet de la tête. L'une des mains, légère et délicate s'arrête finalement sous le menton. Le timbre d'une voix très douce me dit :

-" enfin, tu es là ! Je t'espère depuis si longtemps ! "

 

Un étrange apaisement me gagne, au son de cette voix caressante, sans que je puisse expliquer pourquoi.

Où suis-je ? Je connais cette voix ! Mais qui est-ce ?

 

Je risque un :

-" C'est toi, chérie ? ". Ma voix trahit une intense émotion.

 

-"Non, je ne suis pas ta femme ! ... Enfin j'aurais pu  ! ... "

ce n'est pas si simple de répondre : entre nous il y a de l'Amour, pourtant nous n'avons jamais été mariés, ...

disons que nous étions très complices."

 

La voix me gagne comme une caresse et m'emplit en une onde délicieuse et indescriptible.














-"Je ne comprends pas... Vous êtes … vous êtes ma maîtresse ?"

 

-"En pensée peut-être... Tant de désir entre nous ! Tant d'attente aussi, tant d'espoirs !

Tout ce que j'éprouvais pour toi, ce que ta seule présence enflammait en moi, c'était bien de l'amour, …et du désir aussi...

Un amour violent, accaparant mes jours et mes nuits, ...omni présent ! En pensées érotiques, les nuits où je mouillais mes draps en rêvant être dans tes bras, pénétré par ton corps brûlant de désir, possédé, soulevé par toi, c'était de l'amour, ça oui ! Mais je le cachais soigneusement...

…Toi, tu n'étais pas non plus indifférent à ma personne, c'est sûr ! Ta manière de rougir quand on se croisait, tes bégaiements comiques dès que tu m'adressais la parole, tout ça ne laisse aucun doute à une femme : je te faisais de l'effet."

 

-"Et alors ?"

 

-"Alors tu étais marié, ... nous sommes restés sages pendant tout ce temps ! Je souffrais en silence, j'étouffais ma passion. Te savoir dans d'autres bras, imaginer... c'était pour moi une grande souffrance. Chacune de nos rencontres était une émotion, faisant palpiter mon coeur à toute allure au fond de mon moi le plus intime... Mais je sais dissimuler mes sentiments, comme toutes les femmes, je crois..."

"Ici, c'est très différent. Nous n'aurons plus de limites, nous sommes entièrement libres. Nous allons enfin pouvoir exprimer ce que le monde nous imposait de taire... Mais ne t'inquiète pas, j'attendrai que tu sois prêt.

Maintenant, j'ai tout le temps car je sais que c'est désormais possible."

 

-"Pourquoi est-ce différent ?  Qu'est-ce qui est possible ? Où est ma femme ?"

 

-"Attends un peu pour poser des questions, tu veux bien ?"

" Ta femme n'est pas encore là. Elle lutte pour ne pas venir, c'est normal, et pourtant elle a tort. Elle devrait accepter, faire confiance...se laisser aller ! Mais de là-bas personne ne veut venir ici."

 

-"Mais d'abord où suis-je ? Je ne vois plus ! Que s'est-il passé ?"

 

-"Arrête de t'énerver, ça ne servirait à rien. Tu as eu un grave accident en rentrant du travail, hier soir. Reste calme, c'est fini ! Tu ne crains plus rien maintenant. Tout est achevé."

 

-"Un accident ? Je suis donc à l'hôpital ? Je ne me rappelle de rien !"

 

-"C'est normal, l'amnésie est souvent le procédé retenu pour l'intégration. Ca nous évite les réactions de rejet et les crises d'angoisses. Tu vas reconstituer les événements petit à petit.

Retiens ça : nous t'avons récupéré, tout va bien."

 

-"Où m'avez-vous emmené ? Et d'abord qui êtes-vous ?"

 

-"J'ai été désignée pour accompagner ton éveil. Je suis tellement contente ! Enfin près de toi !..."

 

-"Mon éveil, vous voulez dire mon réveil ?"

 

-"Ce que tu dois vivre maintenant, est plus qu'un simple réveil. Tu n'es pas encore prêt pour comprendre.

Fais-moi confiance, je te veux du bien. Tu vas suivre une phase transitoire d'adaptation..."

 

Les mots étaient dans sa bouche comme une douce mélodie, chaque syllabe comme une corde pincée sur un violon magique : ploum, ploum, ploum... Une nouvelle onde de plaisir me remonte tout le dos depuis les reins . C'est incroyable,  cette voix  me remplit d'une sensation délicieuse et indescriptible, dans mon corps et dans ma tête.

Bien, résumons...

J'ai subi un grave accident, soit !

Je ne vois plus, je ne peux pas bouger,  soit !

Je ressens du plaisir au son d'une voix féminine, qui dit me connaître et que je n'arrive pas à identifier... C'est plutôt agréable ! Mais tout ça est étrange, inhabituel ! Je ne m'imaginais pas les suites d'un accident comme ça... Je ne ressens aucune douleur, je me sens même plutôt bien ! Comment dire ? J'ai l'impression d'être différent ! ...l'impression que tout est différent, comme dans un rêve. Je me sens calme, serein, oui, tout à fait serein, comme si j'étais à l'abri des soucis désormais, comme si j'étais au-dessus des événements... Non pas que je ne me sente plus concerné, non ce n'est pas un détachement ni un désintérêt : c'est plutôt une impression d'invulnérabilité.  

Je me sens fort, et beau, voilà ! Cette voix, cette femme me désire, je le sens, et ça me rend beau :

C'est bien la première fois ! 

Pourtant je devrais être inquiet. Est-ce que j'ai encore mes deux bras ?

Et mes deux jambes ?

Je n'en sais rien ! Je ne peux pas me toucher, je ne peux pas me regarder.

Suis-je attaché ? Suis-je plâtré ?

 

La voix me sort de ma réflexion :

-"Tu n'es pas attaché, mais tes jambes ne te serviront plus jamais à marcher. 

Il existe ici d'autres moyens de te déplacer. Tu vas devoir apprendre."

 

-"Je suis donc paralysé ?"

 

-"C'est une paralysie du coeur, comme tous ceux qui arrivent ici. Mais reste calme, ce qui t'arrive n'est pas exceptionnel.

Ici, tu n'es pas seul dans ce cas. Tu as cultivé les germes de ta guérison, ils sont en toi. "

 

-"Et mes mains ? Je ne les sens plus !"

 

-"Oublie tout ça. Ecoute, à partir de maintenant, tu vas avoir besoin des autres, tout le temps, à chaque instant.

On dépend toujours des autres. La vie sans les autres n'est qu'une illusion."

(...)

"Tu ne pourras plus jamais vivre seul, vivre pour toi. Ici, tu dois penser collectif, c'est la seule condition, c'est le protocole.

Tu vas apprendre à vivre par les autres, et grâce aux autres : c'est un choix que tu as déjà fait, parfois, rappelle-toi... C'était alors un simple entraînement... Maintenant tu vas devoir aller plus loin,  car tu as franchi le bout du chemin ! Tu comprends ?"

 

-"Non, pas vraiment. Pourquoi tant de détours ? Si je suis dans une situation désespérée, je préfère le savoir tout de suite !"

 

-"Tes mains peuvent servir aux autres...  à toi elles ne serviront plus à rien, voilà...

Si tu acceptes le protocole, tu pourras  donner beaucoup de plaisir, rencontrer des gens à l'infini, et même visiter le monde sans limites ! Tu pourras être très heureux, mais il y a une manière de faire : tu ne dois pas chercher à prendre, tu dois chercher à donner. Le bonheur, tu le recevras si tu fais cela : donnes sans rien attendre en retour et reçois sans rien demander. Tu seras comblé.

Ici tout est gratuit. Aucune possession.  La vie ici est relation, et la relation est don.

Tout le reste n'est qu'illusion."

 

-"Donner, donner, c'est bien beau ! Et si je n'ai plus rien à donner, si je donne tout, que deviendrai-je ? Donner à l'infini, s'oublier, n'est-ce pas mourir un peu ?"

 

-"Non, au contraire, c'est là la seule Vérité. Mourir à toi-même, c'est vivre aux autres ! Ceux qui cherchent à sauver leur peau... meurent. Ici tu n'as plus rien à toi."

 

-"Mais si je n'ai plus rien à moi, que pourrais-je donner ?"

 

-"Le plus grand des cadeaux : toi-même ! Ton être, ton Amour, ta Vie. Il n'y a pas de plus grande action que de donner sa vie aux autres ! Il n'y a pas de plus grand bonheur aussi."

 

-"Me donner entièrement ? Comment pourrais-je ? Ca me fait terriblement peur !"

 

-"Ici tu n'es rien, alors qu'est-ce que tu as à perdre en te donnant ?

Tu ne peux vivre que dans la relation vraie, c'est-à-dire dans la relation d'Amour, en dehors de toute hiérarchie, de tout ascendant, en totale transparence :  tes souffrances, tes joies, tes pensées les plus intimes seront désormais connues de tous. C'est pour toi une nouvelle forme de relation qu'il te faudra apprendre : tu dois être vrai !

Cette relation vraie est incompatible avec toute idée de possession, car la possession permet la domination et la dissimulation : elle fausse la relation : c'est pourquoi tu ne t'appartiens même plus à toi-même !

A partir de maintenant tu dois absolument t'oublier : tu es mort à toi-même ! Tu n'existes plus que pour les autres, tous les autres. Donne-toi entièrement, sans aucune retenue !

 

-"Et si je ne veux pas, si je n'ai pas envie ?"

 

-" Si tu refuses, tu souffriras énormément, et personne ne pourra te guérir.

Oublie ta peur, abandonne-toi, fais confiance. C'est la voie du Bonheur, le chemin de la Vie : c'est le Protocole.

Tu verras c'est une juste loi....

Ne refuse jamais la relation ou tu tomberas dans l'abîme de la solitude. C'est un gouffre sans fond dont on ne ressort jamais. "

 

-"Et mes yeux ? Suis-je aveugle ?"

 

-"Les yeux sont source d'erreurs. Ici, tu seras en Vérité, et la vérité ne se voit pas, elle se vit.

Tes yeux sont désormais inutiles, mais ils pourront servir aux autres, car c'est dans tes yeux qu'ils existeront, c'est dans ton regard qu'ils se connaîtront.

Il te faudra développer une autre vision plus vraie, plus profonde, ... avec le coeur....  Je t'aiderai. ...D'autres t'aideront.

Le regard des autres te permettra d'exister, en vérité.

Tu pourras revoir la Lumière, mais c'est encore trop tôt. Tu n'es pas encore prêt. Patience !"

 

-"Quel est votre nom ?"

 

-"Je m'appelle Natacha"

 

-"Natacha ? Ah mais oui, je me rappelle ! ...Mais tu étais... Je te croyais ... définitivement ...« partie » ?...

Comment se fait-il ? ... Qu'es-tu devenue durant toutes ces années ? ... On te croyait ..."

 

-"Oui, effectivement, j'étais bien «partie»comme tu dis ...

Et pourtant si proche de toi...et des autres... mais vous étiez bien trop occupés... Personne ne me remarquait plus, j'étais comme invisible pour vous.

A vouloir faire quelque chose de sa vie, l'Homme court et se perd. Il oublie l'essentiel : la présence réelle des êtres aimés. Aujourd'hui, seul le virtuel est pris au sérieux, ce qui est un contre-sens.

Celui qui s'arrête et réfléchit passe pour un rêveur. Celui qui cherche la Vérité passe pour un illuminé, et pourtant !... "

(...)
"Ici tout est différent. Patience !  Tu comprendras... Je ne peux pas t'en dire plus. C'est encore trop tôt.

C'est à toi de découvrir progressivement... le chemin.

Tu as le temps, tout le temps désormais."

 

-"Mais je suis un hyperactif. Jamais je ne pourrai supporter d'être inactif, limité et dépendant..."

 

-"Oublie tes certitudes et tes anciens réflexes. Oublie le tourbillon dans lequel tu te perdais.

Ici est la Vérité que tu cherchais, il te suffit de t'ouvrir, c'est simple.

Mais d'abord il te faut accepter la grande rupture, la rupture d'avec le passé. 

Accepter la rupture, c'est parfois long et douloureux, mais c'est le protocole.

Ceux qui s'accrochent au passé souffrent énormément, car le passé n'est que regret, et le regret n'est que ténèbres.

Tu ne seras libre qu'après la grande rupture."

 

-"Ah et en quoi consiste la "Grande rupture" ?"

 

-"Rupture avec tout ce que tu possédais. Rupture avec tous tes anciens réflexes égoïstes. "

 

-"C'est-à-dire ? "

 

-Faire la Grande Rupture, c'est accepter la séparation d'avec l'ancien monde, d'avec le monde provisoire. Tu viens de naître. L'ancienne vie est morte pour toujours, figée à jamais. Ton amour, tes erreurs, tes partages, tes hésitations, tes refus : tout ce que tu as vécu est désormais écrit dans le Grand Livre. Nul ne pourra plus le changer, pas même toi, et les pages de ta vie seront pour toi bonheur ou souffrance éternels, selon ton coeur.

Mais ce que tu as fait n'est rien. Nos actes sont dérisoires face à l'immensité. Ce qui est important est ce que tu es devenu.

Les actes ne valent que par ce qu'ils nous façonnent. Et tu as accumulé suffisamment de potentiel pour trouver la Voie.

Tu vas vivre désormais en Vérité, dans la Relation...

Mais rappelle-toi, tu es désormais totalement transparent."

 

-"Tout le monde pourra connaître mes pensées ? Mais certains vont me détester !"

 

-"Avant de te juger, tu seras regardé dans ton intégralité, et tu seras compris en profondeur, en Vérité.

Cette relation vraie sera source de joie pour toi, mais aussi parfois de honte et de regrets : ton paradis ou bien ton enfer !

La pensée des autres sera ta lumière, ta joie, ou ta souffrance, et leurs regards, ta vérité : la seule Vérité désormais.

(...)

-"Ah j'oubliais, n'essaie pas de t'approprier quelqu'un, ne retiens personne. C’est interdit par le Protocole.  

N'essaie pas de te cacher, de t'isoler, tu te perdrais à tout jamais.

Sois «don» ... don de toi même... même si cela te fait peur.

Ici, chacun appartient à tous.

Tu vas voir, c'est formidable ! "

 

-"...Natacha ?"

 

-"Oui ?"

 

-"Merci ! Merci de t’occuper de moi ! Ta voix me rassure tellement. Si je pouvais…je t’embrasserais ! Tu es … si gentille, tu es …vraiment formidable ! Natacha, je m’en veux de t’avoir oubliée ...si j’avais su… à quel point … Quand tu es là c’est tellement formidable…   je crois bien que toi et moi… enfin moi  ... tu comprends ?? …Oui, c’est ça…je … je t'Aime ! Je t’aime Natacha !"

 

A ce moment quelqu'un a du allumer la lumière de la chambre, et j'ai vu un court instant, j’ai vu la lumière qui rayonnait d’elle.  Natacha, penchée sur moi, son visage resplendissant de gentillesse et d'amour.

Encore plus belle qu'avant ! Elle était lumineuse.

Un bonheur intense, très fort me remplit... Puis une sensation bizarre, l'impression de flotter dans l'air. J'étais soudain très léger, très libre.

J'étais comme soulevé, attiré par elle, sans faire un seul geste. Elle ne disait plus rien mais j'avais la certitude de tout savoir d'elle. Je me rapprochais d'elle, toujours plus près, encore plus près...

Je la sentais maintenant si proche, ... on allait se toucher. Non ! c'était plus proche encore... Tellement proche ! Comment dire ?

Je rentrais au dedans d'elle ! Elle était au dedans de moi ! Elle était magnifique de l'intérieur aussi. Nos esprits étaient unis si fort ! Comment était-ce possible ? Une vraie communion de nos deux êtres. Nos corps et nos esprits, nos deux êtres ne faisaient plus qu'un !

Nous étions fondus l'un dans l'autre, et c'était délicieux.

J'étais dans un tourbillon exquis qui ressemblait à un orgasme, mais en bien plus fort, plus intense, plus complet. Elle me donnait son corps et son esprit aussi. J'étais moi. J'étais elle aussi. A nous deux nous étions bien plus que le résultat d'un simple rapprochement. Tous l'Univers semblait participer à notre Amour. Nous étions au centre de toutes les galaxies dans un tourbillon géant et bienfaisant d'où émanait une grande force, un immense bonheur... !

 

C'est alors que je dis une bêtise :

-"Natacha, je suis si bien quand tu es là ! Je veux que tu restes avec moi, tout le temps !"

 

Une douleur fulgurante me saisit alors brutalement la tête. Le grand tourbillon lumineux s'arrête brutalement. Je me sens projeté loin de Natacha, comme arraché en dehors d’elle : ça fait terriblement mal. De nouveau le noir...

 

-"Tu n'as pas le droit de t'approprier quelqu'un car tu réduis la relation des autres. Rappelle toi le protocole : ici, chacun appartient à tous. A cause de toi je vais partir. Ca y est, je suis appelée... Au revoir ! N'oublie pas le Protocole !..."

 

Puis un grand silence... Le noir ! La douleur s'estompe. Un grand vide, vertigineux...angoissant.

Où suis-je ? ...Que m’est-il arrivé ? Était-ce un rêve ? Ah, Natacha… !

Natacha ! ...Pourquoi je pense à elle maintenant ? Je ne sais pas…

Elle faisait partie de ces femmes jolies, sans être fières. Sympa, toujours prête à rendre service... Elle avait un corps de rêve ! Et puis elle avait un si joli sourire, ...et des yeux ! ...Ah ses yeux ! Pétillants de malice, langoureux quand elle te disait : « s'il te plait... » Elle me faisait fondre ! Je n'aurais jamais pu lui dire non, et je m'efforçais de conserver la bonne distance : ni trop loin, ni trop proche. Garder la complicité sans aller plus loin. Je prenais un grand plaisir à réaliser le moindre de ses souhaits avec empressement.

Elle occupait une partie de mes rêves, une partie de mes nuits, aussi, en pensées...

Mais c'était une fille bien, qui n'aurait jamais essayé de piquer un homme marié. J'avais de l'estime pour elle, et je crois que c'était réciproque.  Natacha, c'était un joli coeur dans un joli corps. La femme idéale !

Chaque fois que je la croisais, au travail, mon coeur se serrait, une certaine émotion me gagnait, c'était l'instant magique... J'osais parfois un coup d'œil furtif sur ses formes parfaites, au risque d'être surpris et de rompre la confiance qu'elle avait pour moi... Ses fesses rondes et charnues, ses épaules si droites et son dos cambré au bon endroit, quelle fière allure, quelle classe ! Son port de tête, son cou, sa nuque où traînait quelques petits cheveux oubliés du reste de sa coiffure...

La mode découvrait chaque année une nouvelle partie de son corps : une année c'était les jambes, le galbe de ses mollets, et la fermeté de ses cuisses, ses genoux si mignons... Une année c'était un large décolleté laissant apparaître le début d'une généreuse féminité : ses deux fruits défendus, ronds, fermes, redressés et provocants. L'année suivante c'était le nombril et son ventre si plat, si ferme... Puis le bas du dos et le début de la fente qui présage les fesses, toniques et rebondies.

Comment résister à tant de merveilles ? Comment ne pas regarder ? Comment ne pas y penser ?  Natacha, c'était le soleil de mes journées à la compagnie qui nous employait tous les deux...

 

Mais était-elle vraiment là ?

Comment aurait-elle su  ? Où était-elle durant toutes ces années ? Elle aussi avait eu un grave accident. Un refus de priorité je crois ou quelque chose comme ça. Un camion qui s'était brusquement trouvé en travers de sa route. Elle était allée s'encastrer dessous avec sa voiture... Elle avait été hélico-transportée dans je ne sais quel hôpital, puis on n'avait plus jamais eu de ses nouvelles. On ne s'était pas posé beaucoup de questions non plus... J'ai honte. Je n'ai pas été très bon comme ami.



Puis la société avait déménagé, et on avait tourné bien des pages, occupés à sauver notre emploi, comme tant d'autres !


Natacha ? A vrai dire on l'avait un peu oubliée. On la croyait même morte.

C'est drôle la vie ! Se retrouver comme ça, par hasard... Je suis content de l'avoir revue et de retrouver cette complicité d'antan. Elle est toujours aussi délicieuse !

 

 

 

 FIN DU CHAPITRE 1



POUR LA SUITE CLIQUEZ SUR : "REVERIE. CHAPITRE 2"
Bonne lecture !

 


Découvrez Natacha Atlas!
par DJU 770 publié dans : LE LIVRE communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Commentaires

Devant la grille, je m'immobilise. Je veux d'abord reprendre mon souffle et laisser calmer un peu les battements de mon coeur. Le sentier, bordé de roses sauvages, qui grimpe jusqu'à l'immense maison, est blanc de soleil. Ce soleil implacable a pesé, tout au long du trajet, sur mes épaules.

 

Maintenant, les yeux fixés sur le parc aux allées compliquées, je me sens pris d'une crainte indéfinissable. Timidement, je pousse la lourde porte de fer et marche vers le perron. Je note, au hasard, la pièce d'eau au-dessus de laquelle des libellules roses et mauves mènent une ronde enchantée....Le banc à droite près du marronnier... Des pies s'envolent à mon approche, tandis qu'un papillon, pareil à un danseur ivre, trace des cercles autour d'un buisson. Mes doigts rampent vers la sonnette. Dans l'encadrement de la porte une ravissante fille, longue et mince, dotée d'un corsage joliment meublé, de longues cuisses bien galbées, de jambes remarquables, possédant en plus un très charmant minois, éclairé de deux yeux candidement complices et d'une bouche bien ourlée. Docile, je suis ma compagne. La porte doucement, se referme derrière elle.

 

Lentement, comme pour mieux m'imprégner de cette atmosphère nouvelle, mieux faire connaissance de cet univers qui désormais est le mien, je fais le tour de la pièce. Tout y était rose, depuis les fins rideaux jusqu'à la soie recouvrant le lit. Près de la fenêtre, un fauteuil que le soleil encadre d'un losange de lumière. Contre le mur, un divan aux coussins joufflus. Plus loin, un guéridon aux pieds nerveux rehaussés de dorures, à gauche, une coiffeuse dont la place accapare glorieusement la clarté accourue du dehors. Et, un parfum, un parfum indéfinissable de cigarette blonde et de plantes épanouies...

 

J'ai à peine dormi cette nuit là. Peut-on donner le nom de sommeil à une torpeur malfaisante, sans cesse interrompue par les plaintes ? Petit à petit, je me suis senti gagné par la fièvre, la lassitude. Quelque part, un oiseau lance le signal de l'éveil, mille autres pépiements lui répondent aussitôt. La symphonie amorcée se propage à travers le parc, s'entend jusqu'aux profondeurs des bois. Partout l'ombre cédait la place à la clarté. L'aube accourue avec des grâces de coquette. Elle se déplie au-dessus des arbres, par delà la campagne environnante, comme un éventail phosphorescent. De nouvelles rumeurs se mêlent maintenant au chant des oiseaux. Une armée de moustiques nerveux dresse une colonne bruissante face à la pièce d'eau. Et, des parfums s'échappent de la terre tout imprégnée de rosée. Un mélange puissant de senteurs qui me donne le vertige. Je fais quelques pas, atteins l'extrémité opposée de la terrasse et regarde la mer. Dans ce coin plus isolé de la Cote Basque, la mer semble différente, porteuse d'un sublime message. Les mouettes alanguies paraissent unies de leurs ailes, le bleu transparent du ciel bleu changeant de l'eau. Sur l'Océan, l'aurore est plus timide. Elle prend possession de son royaume avec moins d'arrogance par d'imperceptibles attouchements qui peuplent d'étincelles toute cette immensité.

 

Un soir je suis allé chercher un peu d'apaisement dans l'ombre du parc. Je marche au hasard, les yeux fixés sur la lune, un lambeau de lune, plutôt posé comme un mince poignard recourbé dans un coin du ciel. Je songe à cette vie. A cette vie cahotante qui est la mienne depuis des années. Un nuage, tout à coup cache la lune et la pénombre autour du promeneur se fit plus brutale. Lentement, je m'avance vers le banc que je connais si bien. Je n'eus pas le temps de m'asseoir. On marche dans l'allée. Je distingue au loin un point incandescent, c'était la jeune fille, qui avait dû certainement fuir pour quelques instant sa chambre. La brise accourue de la mer s'amuse à faire voler ses cheveux qu'elle a simplement noués d'un ruban. Le nuage sombre, libère la lune et une clarté jaunâtre enveloppe le couple immobile. Nous traversons le parc, longeons les buissons; notons distraitement que des vers luisants mettent en fête un coin de la pelouse et qu'un oiseau effrayé lance sa complainte.

 

Au lendemain, je dois partir. Dans son regard il y a toute la félicité du monde, dans son coeur, cette magique symphonie que scandent les conquérants.

 

Aujourd'hui encore, je sens mon coeur envahi d'une douce chaleur, quand je songe à mes matinées, mes journées, mes soirées et, à mes ami(e)s.

Bernie et les Scribotines de l'atelier d'écriture de l'hôpital

commentaire n° : 1 posté par : Bernie du Scribe (site web) le: 23/03/2008 09:30:35

Très très beau ! J'ai bien aimé. Bravo.


réponse de : dju770 (site web) le: 23/03/2008 20:19:38
Moi, j'ai compris....mais je ne suis pas à sa place
Quanc on se réveille dans "l'autre monde" ça doit être difficile à admettre, mais en fin ce compte bien agréable, t surtout d'être attendu.
Amicalement
J.
commentaire n° : 2 posté par : juliette b (site web) le: 05/04/2008 17:39:51
J'imagine que c'est un peu comme une naissance. Un nouveau monde, une nouvelle vie à inventer, et ceux qu'on aime qui nous attendent pour nous aider !
Amicalement
DJU770
réponse de : dju770 (site web) le: 07/04/2008 05:30:46
La Terre est NOTRE maison / Nouvelle Calédonie


Bonsoir, je te remercie de ce superbe commentaire, il me permet de découvrir ton blog. Ce sont de très beaux mots. Merci encore, amitiés de Metz. Ces mots que je découvre là sont superbement bien écrits. C'est du talent Monsieur ! un beau talent. Marc, amicalement. @ Bientôt...

commentaire n° : 3 posté par : Marc de Metz (site web) le: 06/04/2008 00:08:07
Merci ça me touche.
Amicalement
DJU770
réponse de : dju770 (site web) le: 07/04/2008 05:23:02
Ha... Vite, la suite. Ca rappelle Jonny got his gun... Espérons que ton livre ne va pas se terminer par un "kill me" désespéré... A bientôt!
commentaire n° : 4 posté par : lorange-violette (site web) le: 08/04/2008 16:35:35
Je ne connais pas "Johnny got his gun", mais ton enthousiasme me fait vraiment plaisir. Tu peux aller lire la suite.
A+
réponse de : dju770 (site web) le: 10/04/2008 17:54:59
suite à tes jolis compliments sur mon blog, je visite ton blog et je suis agréablement surpris... superbe texte, j'aime le style, l'histoire... J'espère te revoir sur mon blog et je repasserai chez toi, c'est sur lol !!! @ bientôt
commentaire n° : 5 posté par : sam, l'enfant taré (site web) le: 16/04/2008 11:18:27

Merci ! Très heureux que ça te plaise. N'hésites pas à revenir.


réponse de : dju770 (site web) le: 16/04/2008 19:50:45
Une voix, un souffle, un chuchotement ... oui le désir de l'autre nous donne le sentiment d'être désirable... beau, belle...!
Donner son temps, donner de l'espoir, donner du plaisir, oui, donner donner c'est s'enrichir et vous le dites bien mieux que moi qui ne suis pas poëte !
Merci de votre passage sur mon blog, cela me touche énormément : je donne tout ce que je peux et j'ai encore beaucoup à donner !
commentaire n° : 6 posté par : mamysep (site web) le: 16/04/2008 23:13:04
"Pour le dernier voyage l'Homme n'emporte que ce qu'il a donné". Ce n'est pas de moi, mais c'est tellement vrai.
Merci pour ce que vous êtes. Merci de votre générosité.
A bientôt.
réponse de : dju770 (site web) le: 17/04/2008 05:25:12
très beau texte - notre dernier voyage si nous sommes croyants ne peutr qu'être beau avec les notres qui sont déjà partis ?
amitiés Mamy ANNICK
commentaire n° : 7 posté par : MAMY ANNICK (site web) le: 19/04/2008 15:43:02
Ce ne sera pas un dernier voyage mais plutôt un voyage sans fin; nous y serons débarrassés de nos habits de vanité, d'ambition, de paillettes de toute sorte..... et enfin nous pourrons voire, écouter, entendre et comprendre !

merci DJU
commentaire n° : 8 posté par : mamysep (site web) le: 21/04/2008 03:18:20
Hello DJU.
J'ai tout lu avec un très grand intérêt.
C'est super bien écrit.
Je crois comprendre ce qui arrive à ton héros, et je tangue entre crainte et sérénité...
Toujours est-il que j'attends avec impatience le chapitre 2.
Bon courage et à bientôt.
Clo
commentaire n° : 9 posté par : clo (site web) le: 06/05/2008 17:09:16
Merci de tes encouragements. J'aime bien ton site également, tu as du talent.
Reviens souvent.
réponse de : dju770 (site web) le: 07/05/2008 05:34:26
Je reviendrai lire la suite demain, mais d' ores et déjà, j' aime bien ta façon d' envisager la mort.
Sartre prétendait que  "l' enfer c' est les autres", chez toi, ce serait plutôt la solitude et l' égoïsme et la solitude.
Je remercie de ta visite et de ton joli poème
commentaire n° : 10 posté par : clo (site web) le: 12/06/2008 15:30:27
L'Homme est capable du pire et du meilleur. Certaines relations peuvent être "infernales", mais il convient alors de se remettre en question aussi, quant au "pourquoi?" au "comment ?" et au "comment en sortir ?". L'enfer c'est parfois en moi qu'il peut naître et se développer dans mes réactions de rejets de l'autre, de refus de comprendre et de partager, d'accepter la différence, de vouloir me montrer plus plus...de paraitre celui dont je rêve...et que je ne suis pas. L'auto-analyse permet ici d'avancer, mais ne doit pas mener vers une culpabilité destructrice.
Au-contraire la relation humaine où je reçois autant que je donne, respectueuse de la Personne, de l'Etre, rend heureux, du vrai bonheur. Tous ceux qui vivent cette relation d'Amour vrai peuvent en témoigner.
Merci de ton passage. Reviens souvent.
DJU770
réponse de : dju770 (site web) le: 13/06/2008 05:47:50
Vous maniez les mots avec une intense sensualité en mêlant adroitement tendresse et fougue. L'ultime désir se ressent en permanence, inséré adroitement au cours de vos phrases, noué au coeur de la quête, celle qui ouvre la porte à l'éveil de soi.
Vous touchez ici à l'Eros, le vrai, le spirituel et symbolique, qui élève au-delà du simple charnel.
A la fois particulièrement émouvant, vos récits me renvoient étrangement, vraiment très étrangement, aux miens, comme des symétriques aux modulations d'intensité vibratoire similaires ... alors c'est que je devais réellement venir vous lire.
Donc, je reviendrai !
Eléonore
commentaire n° : 11 posté par : Carole B-Morin (site web) le: 25/06/2008 17:50:09
Les chercheurs de vérité vibrent tous sur la même fréquence.
Merci de votre visite. Revenez souvent.
DJU770
réponse de : dju770 (site web) le: 26/06/2008 05:53:33
Merci pour ton passage sur mon blog, je n'ai pas le temps ce matin de lire le 2ème chapitre, je viendrais dans l'après midi ou demain.
Je suis assez chamboulée par ton récit et ne trouve pas les mots ... j'y reviendrais plus tard ...   
commentaire n° : 12 posté par : Lilly (site web) le: 26/06/2008 08:43:36

Ta plume me prend par le coeur . C'est fort, profond, intense .
Merci beaucoup pour ta visite et ce très beau commentaire . Tu as raison, pour le pardon . Mais je traîne trop de boulets ... je sais bien que je ne suis pas la seule, mais je prends aussi la souffrance des autres . Le noir m'habite ... souvent, même si j'en ai peur, et la lumière aussi me fait peur . Avancer . L'anorexie a été plus forte que moi . Vivre "avec" . Hypersensible . Evidemment ... Merci de tout coeur pour le courage que tu m'envoies . Bisous .
Liza

commentaire n° : 13 posté par : Liza Peninon (site web) le: 26/06/2008 15:57:33

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